Hallo ! Aujourd’hui, je vous parle potager, mais sous un angle dont on n’entend presque jamais parler : ce qu’il apporte, vraiment, quand on est en surpoids ou en obésité.
Je suis concernée, alors c’est un sujet qui me tient à cœur. Et en faisant mon potager (je jardine à 800 m d’altitude, dans le Haut-Doubs, sur une centaine de mètres carrés), j’ai fini par découvrir quelque chose que je ne soupçonnais pas au départ : on commence par jardiner, et le reste suit presque tout seul. Une sorte de cercle vertueux, où chaque bienfait en amène un autre. C’est même, je trouve, quasiment toute une roue d’hygiène de vie à lui tout seul.
Attention, je préfère être claire tout de suite : un potager, ce n’est pas un régime, et ce n’est pas non plus une méthode pour maigrir. Je ne vous promets aucune perte de poids. De toute façon, on sait que les régimes eux-mêmes n’y arrivent pas sur le long terme. Ce dont je parle est ailleurs : plein de petites choses, tout en douceur, qui font du bien. Et ça, contrairement à un régime, on peut le garder toute une vie.
Une précision importante : je ne vais pas parler ici des causes du surpoids ou de l’obésité. Traumatismes, traitements médicamenteux, régimes à répétition avec effet yoyo… peu importe : c’est propre à chacun·e, c’est privé, et ce n’est pas mon sujet. Mon sujet, c’est ce que le potager peut apporter une fois qu’on est dans cette situation. Et bien sûr, tout ce que je raconte ici vaut aussi pour tout le monde, mais je choisis d’en parler du point de vue qui est le mien, parce qu’on ne le fait pas assez (je trouve).

Voici les cinq maillons de ce cercle. Comme vous pouvez voir, le potager, c’est quasiment toute une hygiène de vie à lui tout seul !
1. Le corps qui agit
C’est peut-être le maillon le plus important à mes yeux, parce que le corps, c’est justement ce dont on a le plus honte, ce qu’on cherche à cacher, ce qui pose le plus problème quand on est en surpoids.
Or, un potager chez soi, c’est d’abord une activité physique qu’on fait à l’abri des regards. On n’est pas à la salle de sport, on n’a pas le jugement des autres. Chez moi, je suis assez isolée : si j’ai envie de jardiner en short et débardeur alors que je me trouve « toute moche », eh bien tant pis, je fais comme je veux. Cette barrière du regard, qui empêche tant de personnes de bouger, ici elle tombe.
Et c’est une activité douce mais étonnamment complète. On marche beaucoup (je me force parfois à laisser la pelle plus loin pour faire des allers-retours), on se baisse (en faisant des squats, bien sûr !), on se relève, on porte, on retourne la terre… Autant de gestes du quotidien qu’on réentraîne sans s’en rendre compte. Surtout, un potager vous oblige à ne pas rester sédentaire : il faut y aller régulièrement, arroser, récolter, ressemer. Ce sont de petits gestes, mais ils s’additionnent, et la sédentarité, on le sait, n’est bonne pour personne, encore moins pour nous.
Et ce n’est pas rien pour la santé : jardiner, c’est une vraie activité physique, et l’activité physique régulière, en plein air qui plus est, renforce les muscles, le cœur, les poumons, tout le système cardiovasculaire. Vivre entouré de verdure est même associé à une mortalité, toutes causes confondues, plus basse qu’en milieu très urbain. Ce sont quelques-uns des bienfaits recensés par l’infographie « Contact avec la nature » de la Revue Médicale Suisse, que je vous montre un peu plus bas.
Mais au-delà du physique, il y a autre chose : notre corps se remet à servir à quelque chose de positif. Ce corps dont on n’est pas fier, tout à coup il produit, il fournit un travail qui nous nourrit (et éventuellement notre famille aussi !). On pose à nouveau un regard bienveillant sur lui. Et ça, pour la confiance en soi, ça change tout.
2. L’assiette qui change
Ce qu’on ramène du jardin, ce sont forcément des légumes. On ne récolte pas de chocolat au potager (malheureusement… ou heureusement !). Donc l’assiette, mécaniquement, devient plus équilibrée.
Et il y a un effet auquel on ne pense pas forcément : le potager vous oblige à cuisiner. Les légumes, il faut les transformer, les préparer. On ne va pas les laisser moisir après tout ce mal qu’on s’est donné. Alors, même les jours de flemme, on se met un minimum aux fourneaux. C’est exactement l’inverse des plats industriels ultra-transformés, bourrés de sucre, qui sont pour moi en grande partie responsables de l’obésité dans le monde.
Enfin, il y a l’effort qu’on y a mis : on a travaillé pour ces légumes. Ce n’est pas la même chose que d’ouvrir le frigo et de se servir. Ça nous ramène un peu à une époque où, pour manger, il fallait chasser ou cueillir, une époque où l’obésité n’existait pour ainsi dire pas ! On mange autrement quand on a fait pousser soi-même ce qu’il y a dans l’assiette.
3. La tête qui s’apaise
C’est peut-être sur ce plan-là que le potager agit le plus, et c’est aussi là que la science a le plus de choses à dire.

La nature nous reconnecte à quelque chose de réel : les saisons, la terre, le vivant. Et ce lien apaise vraiment. Ce n’est pas une impression : passer du temps dans la nature fait baisser le cortisol, l’hormone du stress. Une étude de l’Université du Michigan a mesuré le cortisol salivaire de citadins avant et après un moment passé dans la nature : une vingtaine de minutes suffisent à faire chuter le taux, le meilleur rapport se situant entre 20 et 30 minutes (Hunter et al., Frontiers in Psychology, 2019 ; lien dans les sources en bas de page). Les recherches japonaises sur les « bains de forêt » (shinrin-yoku) retrouvent le même effet.
Ce lien avec la nature agit aussi sur d’autres plans : de simples promenades régulières dans la verdure sont associées à une baisse de la tension artérielle, et le contact régulier avec la nature réduit les scores de dépression, d’anxiété et de stress. (On retrouve tout cela dans l’infographie de la Revue Médicale Suisse, un peu plus bas.)
Pourquoi est-ce que ça compte particulièrement quand on est en surpoids ? Parce que le stress chronique entretient un cercle vicieux : un cortisol élevé en permanence favorise le stockage des graisses, en particulier au niveau du ventre. C’est un lien établi de longue date : dès l’an 2000, une étude de Yale montrait que des femmes qui sécrétaient plus de cortisol face au stress accumulaient davantage de graisse abdominale (Epel et al., 2000). Une étude plus récente, portant sur plus de 2 500 personnes de 54 à 87 ans, a confirmé que celles qui avaient le plus de cortisol (mesuré dans les cheveux) avaient aussi le tour de taille le plus important (University College London, 2017).
Alors soyons honnêtes, parce que je ne veux rien vous survendre : ce lien est réel, mais pas systématique. Toutes les personnes en surpoids n’ont pas un cortisol élevé, et la sensibilité au stress varie beaucoup d’une personne à l’autre. Ce n’est jamais une seule cause. Mais si un geste simple comme jardiner peut faire baisser ce stress, il serait dommage de s’en priver.
Et il y a un point qui me tient particulièrement à cœur, presque un plaidoyer : le regard et le jugement stressent littéralement le corps. Une étude a montré que subir des remarques ou de la discrimination liées au poids fait grimper le cortisol, de quoi nourrir, encore, le cercle vicieux (Jackson, Steptoe et al., 2016). Autrement dit : le jugement n’aide personne, il aggrave. Le potager, lui, c’est l’inverse : un espace à soi, sans regard, où le corps sert au lieu d’être jugé.
C’est tout cela qui me donne envie de militer pour une forme de « prescription verte » : et si les médecins prescrivaient carrément du temps passé dans la nature aux personnes stressées ou déprimées ? L’idée fait son chemin. Et un potager coche plusieurs cases à la fois : il apaise, et il ramène de quoi manger équilibré, ce qu’une simple balade en forêt ne fait pas.
4. Le sommeil réparé
Mettez bout à bout tout ce qui précède (la lumière du jour, l’air frais, l’activité physique, la baisse du cortisol, l’esprit apaisé), et vous obtenez souvent, en prime, un meilleur sommeil. Et ça s’explique simplement : la lumière naturelle du plein air aide à recaler notre horloge interne (et donc la mélatonine du soir) ; bouger en journée rend le sommeil plus profond et l’endormissement plus rapide ; et un stress plus bas, c’est un cortisol plus apaisé au moment du coucher. Toutes les personnes en surpoids ne souffrent pas de troubles du sommeil, bien sûr, mais c’est fréquent, et là, tout pousse dans le bon sens. Je ne vous en fais pas une promesse ; disons que c’est un cadeau qui arrive souvent par-dessus le marché.
5. L’esprit curieux
On l’oublie souvent, mais un potager, ça se pense. Il faut l’imaginer, le dessiner, décider quoi semer, avec quoi, quand. C’est un formidable terrain de créativité : certain·es mélangeront fleurs et légumes dans de belles polycultures un peu osées, d’autres préféreront des rangées bien nettes, « au cordeau ». Les deux sont créatifs, c’est juste deux façons de s’exprimer. Le potager, on le fait à son image.
Et si on débute, on apprend énormément : les familles de légumes, les associations, les semis, les saisons… Cette nourriture-là, celle de la tête, compte autant que celle de l’assiette. On ne peut plus se dire aujourd’hui « il suffit de faire du sport et de manger équilibré et les kilos s’envolent ». Ce n’est pas si simple. Rester curieux, apprendre, observer sa petite graine grandir : voilà ce qui donne envie de retourner au jardin. Et là, la boucle se referme : on repart bouger, cuisiner, s’apaiser… et c’est reparti pour un tour.
Un potager, oui mais… adapté !
Je ne vais pas faire semblant : quand on est en surpoids ou obèse, on a parfois des difficultés physiques que d’autres n’ont pas. Autant en parler franchement et voir comment adapter.
D’abord, on n’est pas obligé de voir grand. Mes 100 m², je vous avoue que sans l’aide de mon mari pour les gros travaux, j’aurais du mal à tout tenir (j’ai en plus une capsulite à l’épaule assez douloureuse en ce moment). Avoir de l’aide, c’est précieux, mais ce n’est pas obligatoire : si vous démarrez seul·e avec 10 m², ces 10 m² seront déjà bénéfiques.
Ensuite, on cultive en hauteur. Même mes bacs classiques, qui ne font que 30 cm de haut, changent déjà énormément la donne par rapport à la pleine terre où il faut se baisser jusqu’au sol : on peut s’agenouiller devant, sur un coussin pour protéger les genoux.

Je conseille aussi de ne pas les faire trop larges : 1 m suffit, pour atteindre le milieu sans se contorsionner. Et pour aller plus loin, il y a les bacs surélevés, qui permettent de jardiner debout, à hauteur d’homme : là, il faut de l’aide pour les fabriquer et les remplir (c’est physique, mais voyez ça comme votre séance de sport !), mais le confort est incomparable. C’est d’ailleurs tout aussi précieux pour les personnes âgées, qui ont souvent les mêmes soucis de dos et d’articulations.

(J’ai consacré une série vidéo entière aux bacs surélevés si le sujet vous intéresse.)
L’idée générale, c’est de se mettre en sécurité corporelle : les bons gestes, un peu d’ergonomie, et surtout ne pas se faire plus mal qu’avant.
La boucle tourne toute seule
Ce que je trouve le plus beau, c’est qu’une fois lancé, tout ça continue presque sans effort. On ne se dit pas chaque matin « allez, aujourd’hui je me motive, je dois aller faire un peu d’activité physique » : on y va parce qu’il y a à faire, et les cinq maillons s’entretiennent les uns les autres. C’est exactement l’inverse d’un régime, où l’on est en permanence en mode combat, à compter les calories et à résister aux tentations. Ici, ça se fait presque malgré soi, au rythme des saisons, et c’est ça qui permet de durer là où les régimes finissent par lâcher.
Je ne vais pas vous mentir : il n’y a pas zéro charge mentale. Les jours de canicule où il faut absolument aller arroser, il y a des contraintes. Mais ce sont les mêmes contraintes que pour tout le monde, et elles restent bien plus douces que celles qu’on s’inflige avec un régime strict. Et pour alléger la partie « organisation », un outil comme le logiciel Potager Coach, que j’utilise moi-même, aide beaucoup à planifier les semis et à enchaîner les cultures sans se prendre la tête.
Deux petits bonus, pour finir, qui comptent aussi dans une bonne hygiène de vie. Sortir de l’isolement : on peut rester tranquille dans son coin, mais on s’aperçoit vite que les gens qui jardinent finissent toujours par parler potager quand ils se croisent, dans un club en ligne (comme celui de Potager Coach), ou dans un jardin partagé. Et la transmission : montrer l’exemple aux enfants, du jardin à l’assiette, c’est une belle prévention, surpoids ou pas.
Le potager, presque toute une roue d’hygiène de vie
Si je devais résumer, je dirais que le potager touche à lui seul une bonne partie de ce qui fait une vie saine. Ça tombe bien : la Revue Médicale Suisse, avec l’Université de Genève, a justement publié une infographie très claire sur les bienfaits du contact avec la nature, et on y retrouve presque tous nos maillons, sourcés.

On y lit que le contact régulier avec la nature réduit les troubles mentaux (dépression, anxiété, stress), fait baisser la tension artérielle, diminue le risque de diabète, renforce les défenses immunitaires, les muscles et le cœur… et réduit même la mortalité toutes causes confondues. L’infographie cite d’ailleurs explicitement le surpoids et l’obésité parmi les situations où l’on devrait recommander le contact avec la nature. Elle propose une vraie « prescription verte » : passer au moins deux heures par semaine dans un lieu naturel, jardiner chez soi ou dans un jardin partagé. Vous voyez : je n’ai rien inventé !
Et vous ?
Voilà pourquoi je suis convaincue qu’on en est tous et toutes capables. Pas pour maigrir à tout prix, mais pour se faire du bien, en douceur, autrement.
Est-ce que vous, ou quelqu’un de votre entourage, avez déjà tenté le potager en étant en surpoids ? Qu’est-ce que ça vous a apporté ? Racontez-moi en commentaire, et si vous voyez d’autres bienfaits dont je n’ai pas parlé, je suis preneuse. Un seul mot d’ordre ici : la bienveillance. Cet espace est fait pour partager, pas pour juger.
Tschüss, et à bientôt au jardin !
Laura
Envie de la version en vidéo ? J’ai raconté tout ça face caméra, au milieu de mon potager :
Pour aller plus loin, mes sources
- Contact avec la nature : infographie de la campagne 12 mois 12 actions, Revue Médicale Suisse / Université de Genève : site · l’affiche en PDF
- Nature et baisse du cortisol : Hunter MR, Gillespie BW, Chen SY-P., Urban Nature Experiences Reduce Stress in the Context of Daily Life Based on Salivary Biomarkers, Frontiers in Psychology, 2019 : lien
- Stress, cortisol et graisse abdominale : Epel et al., 2000 (Université de Yale) : lien
- Cortisol chronique et tour de taille : étude sur 2 500+ adultes, University College London, 2017 : lien
- Discrimination liée au poids et stress biologique : Jackson, Kirschbaum, Steptoe, 2016 : lien






Laisser un commentaire