À la montagne, on apprend à jardiner avec le froid. On plante tard, bien après les Saints de glace (parfois seulement début juin) à cause du gel. On protège les jeunes plants, on force un peu, on court après la chaleur en espérant quelques tomates mûres. Bref, notre ennemi habituel, c’est le manque de soleil, pas son excès.

Cette année, tout est à l’envers. Au niveau national, le printemps 2026 a été le plus chaud jamais enregistré, avec un mois d’avril déjà très chaud et un mois de juin record, chaud et sec. Ici, on a été un peu épargnés côté pluie au printemps : il a encore plu en mai. Mais à partir de juin, presque plus rien. Le sol s’est asséché en profondeur, la rosée du matin a disparu, et on dépasse régulièrement les 30°, ce qui, à 800 m, n’a rien d’anodin.

Attention, je ne dis pas qu’il ne fait jamais chaud chez nous : il nous arrive d’avoir une bonne semaine de canicule en plein mois d’août. Mais une semaine, en fin d’été, quand les plantes sont déjà bien installées. Là, c’est arrivé beaucoup trop tôt, et surtout ça dure beaucoup trop longtemps. Résultat : mes plantes, habituées à recevoir de l’eau tout l’été, ne sont pas armées pour ça. Contrairement au Sud, où la végétation vit avec la sécheresse estivale, la nôtre compte sur la pluie. Quand elle manque, tout encaisse mal, et vite.

Pour vous donner une idée : le Doubs, la rivière qui traverse mon village, est à sec par endroits, et le Saut du Doubs ne coule plus. Un mois de juillet, chez nous, ça n’arrive pas. C’est toute la différence de cette année.

Ce que ça change, concrètement

Première conséquence, très concrète : on n’arrose plus comme on veut. Le Doubs est en alerte renforcée, avec des restrictions bien réelles. Pour le potager, l’arrosage n’est autorisé qu’entre 20 h et 8 h, tôt le matin ou tard le soir, jamais en pleine journée. Pour tout ce qui est ornemental (pelouses, massifs, fleurs), c’est quasiment interdit. Seule bonne nouvelle : l’eau de pluie récupérée, elle, n’est pas concernée. Sauf que… encore faut-il qu’il pleuve ! Du coup, on attend une bonne averse avec désespoir, pour arroser le jardin et remplir les cuves. J’ai quatre récupérateurs d’eau, et plus une seule goutte dedans depuis un moment. Le détail des restrictions par niveau est sur le site de la préfecture du Doubs.

Récupérateur d'eau de pluie vide au potager pendant la sécheresse

Entre le manque d’eau et ces règles, le potager trinque : pommes de terre grillées, laitues montées, choux en souffrance. Je vous montre tout ça en images dans ma vidéo sur ma chaîne YouTube (et si vous ne connaissez pas encore la chaîne, c’est l’occasion de venir y faire un tour !).

Un dégât que je veux pointer à part : les altises

Il y a un dégât que, je crois, on est nombreux à découvrir cette année : les altises. Ces minuscules coléoptères sauteurs qui criblent les feuilles de choux de petits trous, j’en ai toujours eu deux ou trois, sans conséquence. Cette année, c’est une invasion : des centaines sur un seul chou. Et ce n’est pas un hasard : les altises adorent la chaleur et la sécheresse. Année sèche, année à altises. Donc si vous êtes envahis vous aussi cette année, vous n’êtes pas tout seuls, et non, vous n’y êtes pour rien !

Feuilles de chou criblées de petits trous par les altises

Comment je m’adapte (sans miracle)

Rien de révolutionnaire, je vous préviens, plutôt du bon sens adapté à la contrainte :

  • J’arrose tard le soir, jamais en journée : l’eau s’évapore moins et pénètre mieux. (Le matin serait sans doute meilleur contre le mildiou, mais je ne me lève pas à 6 h pour ça, soyons honnêtes.)
  • Je ne taille presque plus mes tomates. D’habitude, je dégage le feuillage pour faire mûrir ; cette année, je laisse la jungle, elle fait de l’ombre au pied.
  • Je plante serré, pour une fois, ça joue en ma faveur : les plantes se font un peu d’ombre entre elles.
  • Je recycle en ombrage tout ce que je peux : vieux voiles d’hivernage au-dessus des bacs, store de la terrasse pour les jardinières, plantations à l’ombre de la haie…
  • Je garde l’eau de lavage des légumes dans un seau pour arroser la terrasse.
  • Je ne rachète pas de foin pour pailler, comme je le fais d’habitude : cette année, les agriculteurs vont en manquer pour nourrir leurs bêtes, je ne vais pas leur prendre ça pour mon petit potager. Je fais avec ce qui me reste de l’an dernier.
Courgettes cultivées à l'ombre de la haie pour les protéger de la chaleur

Petit « bonus » dont je me serais bien passée : le retour des campagnols

Comme si ça ne suffisait pas, je revois des trous de campagnols partout dans le gazon. Ça faisait pourtant des années que je n’en avais plus, et si je devais parier, je dirais que la sécheresse y est pour beaucoup : avec les prairies alentour complètement grillées, ils ne trouvent plus rien à manger ni à boire, alors ils reviennent (re)tenter leur chance chez moi. Bonne nouvelle quand même : pour l’instant, aucun dégât au potager. La preuve que mon système de bacs grillagés tient le coup ! Si le sujet vous intéresse, je vous raconte tout dans mon article dédié aux campagnols.

Trous de campagnols dans le gazon desséché

On relativise, et on continue

Voilà où j’en suis à la mi-juillet : un potager qui tire la langue, des récoltes qui s’annoncent maigres, et une météo qui me fait un peu douter. Mais je vous rassure (et je me rassure par la même occasion) : on ne lâche rien. Chaque année est différente, celle-ci est comme ça, on fait avec. Et honnêtement, même compliquée, une année au potager m’apprend toujours quelque chose.

Je sais aussi qu’ailleurs, c’est bien pire, je pense à tous ceux qui vivent la sécheresse et la canicule chaque été. Ici, on peut encore aller se rafraîchir dans un lac. Alors je relativise, vraiment.

Tout ça, je vous le raconte plus en détail (avec les images du jardin, les dégâts et mes petites parades) dans ma vidéo sur ma chaîne YouTube, L’aura du Potager. Si vous aimez le jardinage en moyenne montagne, la double culture franco-allemande et les vidéos sans filtre (ni jardin parfait généré par IA !), venez donc vous abonner !

Et surtout, dites-moi en commentaire : chez vous aussi, c’est compliqué cette année ? Vous avez les altises, ou d’autres phénomènes que vous n’aviez jamais vus ? Ça m’intéresse vraiment, on est plus malins à plusieurs.


En savoir plus sur L’aura du potager… à la maison

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire

Tendances